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Ce que la presse dit de ... Le bonheur du vent |
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Les vertus cachées du mal Portrait de groupe avec le metteur en scène, François Marin, qui signe le seizième spectacle à lenseigne de sa compagnie. Une pièce de Catherine Anne sur le thème de ladoption, entre don et abandon.
Secret de famille En vérité, cest quand même François Marin qui tranche. Après avoir beaucoup «exploré la figure du mal et ses incarnations monstrueuses», ce Valaisan établi à Lausanne a voulu questionner les thèmes de la perte et de labandon. Le pourquoi, mais aussi le comment. Comment accepter, par exemple, «ses limites, sa finitude, et le fait que la perte puisse être source de vie»? Le sujet est au cur de son nouveau spectacle, Le bonheur du vent , de lauteur français Catherine Anne. Une fable inspirée dune vie authentique, celle de Calamity Jane, contrainte de confier sa fille à un couple dAnglais. Une histoire de séparation, de déchirements, mais également de secret. Pas nouveau, mais toujours pertinent. Hier comme aujourdhui, les non-dits familiaux nourrissent la littérature et les psychiatres. Pour François Marin, la lecture doit être une seconde nature. Depuis presque deux ans, en collaboration avec la Bibliothèque cantonale et universitaire, sa compagnie propose au Palais de Rumine, à Lausanne, des lectures de textes contemporains dauteurs suisses romands dans le cadre du cycle «Cest pour lire!» Une partie des fonds du contrat de confiance de lEtat de Vaud avait servi à lancer lopération. Echu depuis peu, il a pu être remplacé par un soutien unique, mais conséquent, de la Loterie Romande. A quoi sajoute un travail pédagogique autour de certains spectacles, comme ce bijou que fut Le collier dHélène , en 2002. Des ateliers menés par Michel Sauser, administrateur de la compagnie: «Là, notre travail prend vraiment tout son sens.» A bonne école François Marin est diplômé du Conservatoire de Lausanne, mais sa carrière en ce domaine a rarement dépassé le stade de la figuration, intelligente certes, mais au lointain. «Une question de compétence. Comme pour lécriture personnelle. On ma dit à lépoque: «Vous avez quelque chose à faire dans ce milieu, mais on ne sait pas encore où.» En fait, jai toujours su que je voulais faire de la mise en scène.» Il a été à bonne école, de stages en assistanats, avec André Steiger, Joël Jouanneau, Matthew Josselin, Dominique Pitoiset, Claude Régy, Marc Liebens, Philippe Morand et Hervé Loichemol. Comment ne pas être exigeant par la suite? De quoi mettre en lumière autant les qualités des autres que ses propres erreurs, comme ce fut le cas avec Mamie Ouate en Papoâsie . «Je métais mal préparé.» Dans un autre registre, lex-directeur de lArsenic, Thierry Spicher, fut un partenaire coriace et précieux: «Il nous a aidés à mieux comprendre ce quest une compagnie en tant que petite entreprise et comment on la gère.» Celle de François Marin, comme dautres, peine à trouver une salle pour jouer. La générosité du Pulloff a sauvé la mise. «Nous sommes dans une zone grise: un peu trop qualifiés pour les petites et pas assez connu pour les plus grandes.» Comment choisit-on de monter tel ou tel texte? Lenvironnement nest pas sans influence. François Marin: «Je travaille avec des gens qui sont parfois loin de leur famille, je donne des cours à des ados qui nont pas toujours une vie simple, et je fais partie dune génération où avoir ou adopter un enfant se discute.» Puis, en souriant: «Nous sommes en plein dans lactualité avec le film de Bertrand Tavernier ( Holy Lola ) et larrivée toute proche dun enfant adopté pour Laeticia et Johnny » Pas de théâtre-réalité pour autant: «Jaime le faux sur scène.» Dans la scénographie pour être précis. La vérité du jeu, elle, est une quête permanente. Michel Caspary |
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Dans le ventre du secret Texte dense, jeu touchant, mise en scène subtile: Le bonheur du vent séduit au Pulloff. Une boule au ventre, pendant une heure trente, ce nest pas agréable. Dordinaire. Au Pulloff, mardi soir, elle était là, cependant, comme un signe heureux et un symbole fort. Le signe dune tension dramatique tenue de bout en bout. Le symbole dun secret, dune vérité issue du ventre dune mère et tenue trop longtemps cachée. Dans ce spectacle mis en scène avec pudeur et subtilité par François Marin (lire 24 heures du 26 novembre
Petites touches Un écran blanc au fond de scène, un plateau incliné, un grand drap, quelques grosses pierres, et cest quasi tout pour la scénographie de Elissa Bier. Une épure qui met en valeur les mots et le jeu, comme les éclairages de William Lambert. Les beaux costumes dAnna van Brée, le plus souvent dans le pastel, entre blanc et beige, marquent une époque, la fin du XIXe, sans la figer. Tout donne parfois limpression dun rêve, sans cesse interrompu puis recommencé. Un découpage cinématographique pour une série de courtes séquences quon dirait chorégraphiées à petites touches. Le spectacle défile sur quinze ans, reliant les bonheurs et les douleurs des mères: celle qui met au monde (Delphine Horst, qui tient la baraque en modulant son personnage à la perfection), mais qui doit céder une part de sa chair, et celle qui reçoit (Adrienne Butty, pas moins sensible), mais qui, malade, ne pourra en profiter longtemps. Pour les aider, un ami pour la première (Juan Antonio Crespillo, aventurier tout tendre), et un mari pour la seconde (Luca Secrest, solaire). Deux duos pour une fille en solo, Jane à lorigine, renommée Irène par ses parents adoptifs (Caroline Althaus, dans le ton juste également). Un changement comme une réappropriation, comme une défense face à la menace: le retour de la génitrice. Elle reviendra bel et bien, mais sans trahir sa promesse de taire la vérité. Or celle-ci hurle en silence dans le ventre de la fille, privée deux fois de mère, et qui nen peut plus. Lenfant voulu modèle est devenue ado rebelle. Sa nature la pousse elle aussi à préférer le bonheur du vent, loin de tout carcan, de tout mensonge. Elle veut donner du sens à ses rêves. Vérité sera rendue. La force de lintuition et le désir de vivre sont racines et vertus à la fois fondatrices et libératrices. Michel Caspary |
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Au Pulloff jusquau 19 décembre Ecrit à partir des lettres de Calamity Jane à sa fille, Le Bonheur du Vent est un joyau dintensité poétique. Dans une scénographie épurée, entre grosses pierres et voiles crème, se dessine la douleur au féminin. Celle du ventre. Jane, mère sauvageonne du grand Far-West, dont la chevelure respire un parfum de liberté, doute de sa capacité à
Avec pudeur, la plume de Catherine Anne déroule sur vingt-cinq ans lhistoire de ces femmes aux destins à jamais entrelacés. De courtes scènes viennent semboîter les unes aux autres, à travers un découpage cinématographique, où peu à peu une mosaïque de ces existences sesquisse. Sous la direction de François Marin, le rythme est soutenu, le ton éclatant. On est saisis par la justesse et la force du jeu des comédiens, qui, dans la sobriété de cet espace scénique, ravive la complexité de leurs personnages. Hélène, mère adoptive tourmentée par le remords, guette, comme une louve sur le qui-vive, le retour de la mère. Tandis que hantée par le remords et bouffée de lintérieur par ce vide immense, Jane rêve à sa fille. Deux mères mutilées pour une seule enfant, elle-même en proie à lincertitude. Car depuis longtemps, celle-ci flaire le secret. «Le silence est faux quand en dedans ça crie», lance-t-elle à son père désemparé, prisonnier de sa promesse de ne rien révéler. Une complexité des sentiments qui confère à la pièce une qualité dramatique exceptionnelle, que la langue poétique ne vient en aucun cas affaiblir. Bien au contraire. Comme lors de ces brèves envolées lyriques, où les consciences des vivants dialoguent avec le souvenir des absents. Des moments dune pure beauté. Ce périple au cur du secret prend décidément magnifiquement aux tripes, et questionne avec prudence lacte dadoption. On applaudit. Anne-Sylvie Sprenger, 3 décembre 2004 |
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