Les bonnes

de Jean Genet
Cie ammoniac
mise en scène de Jean-François Auguste et Pierre Maillet
6 au 25 mai 2008

jeu : Ariane Christen, Sébastien Ribaux, Anne-Sophie Rohr, Sylviane Röösli, Marie-Laure Vidal-Garcia

mise en scène : Pierre Maillet &Jean-François Auguste
création lumière : Muriel Imbach

Malgré le fait que le texte des bonnes rappelle étrangement le fait divers du Mans, celui des sœurs Papin, qui le 2 février 1933 assassinaient leur patronne dans des circonstances effroyables; Jean Genet nie catégoriquement s’en être inspiré. « Il ne s’agit pas d’un plaidoyer sur le sort des domestiques. Je suppose qu’il existe un syndicat des gens de maison - cela ne nous regarde pas. »

Jean Genet crée un huis-clos tout en porte-à-faux. Le jeu des bonnes est factice, il s’agit d’une cérémonie : le théâtre dans le théâtre donne à voir des personnages condamnés à jouer un rôle et qui, prisonniers du regard de l’autre -altérité autant désirée que détestée- rêvent douloureusement leur reconnaissance par le crime.

En l’absence de Madame, Solange joue tantôt son propre rôle, tantôt celui de Claire, tandis que cette dernière incarne la maîtresse haïe. Chaque soir elles mettent en scène le crime de Madame jusqu’à l’épuisement, jusqu’à la perte de soi. Claire et Solange se rêvent en Madame, en amantes de Monsieur, en criminelles exemplaires ; elles se regardent jouer ces rôles, elles habitent une galerie de glaces, n’ayant ni centre ni essence, ce ne sont que des reflets. Le jeu ostentatoire et cérémonieux n’est donc pas gratuit : il dit les angoisses et les frustrations de deux êtres incapables de mener une existence authentique en trouvant leur place dans la société, dans la vie, êtres qui n’ont d’autres ressources que de confondre le réel et l’irréel. Elles crachent, donnent des coups de pied, essaient de s’étrangler ; il leur échappe des mots crus, triviaux ; elles se complaisent dans la brutalité ou la violence et ne cessent de se dresser l’une conte l’autre pour tenter d’établir un rapport de domination. Elles (ils) font penser à des travestis ou tout au moins à des personnages asexués.

Trio étouffant. Cauchemar obsessionnel. Les bonnes voient l’espace carcéral qui leur est imparti contaminé par leurs fantasmes, incapables d’établir, face à Madame comme en son absence, une frontière visible entre le jeu et la réalité.

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